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Les grands gagnants du plan Hôpital 2012

Le plan Hôpital 2012 prévoit 5 milliards d'euros d'aide à la modernisation des établissements. De Boulogne-sur-Mer à Antibes, visite guidée des premiers projets retenus.

Ils piaffent d'impatience, comme les enfants après avoir envoyé leur liste au père Noël. Dans toute la France, des directeurs d'hôpitaux et de cliniques attendent de savoir s'ils vont recevoir le cadeau demandé au ministère de la Santé à l'occasion du plan Hôpital 2012. Ce programme de modernisation -le deuxième après Hôpital 2007- doit répartir entre les établissements des aides totalisant pas moins de 5 milliards d'euros. Une manne financière qui conditionne aussi bien la construction d'édifices tous neufs que le désamiantage de bâtiments dangereux, ou encore la rénovation de services vétustes.

Mettant fin au suspense, la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot,  dévoile, en exclusivité dans L'Express, la première série de projets retenus par les services de l'état. Celle-ci implique 81 établissements et dessine, à gros traits, le nouveau visage de l'hôpital à l'horizon 2012.

A cette date, un nouvel hôpital sera  sorti de terre à Carcassonne (Aude) et deux autres auront fait entièrement peau neuve à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) et à Bourg-en-Bresse (Ain). Dans nombre de petites villes, des services dédiés aux "soins de suite" auront été créés pour accueillir des patients au lendemain d'une opération, le temps qu'ils soient remis sur pied ou qu'ils terminent leur rééducation. Les lits réservés aux personnes âgées seront plus nombreux. Les derniers services d'urgences inadaptés seront remis à niveau, comme au centre hospitalier intercommunal de Cornouaille, partagé entre Quimper et Concarneau (Finistère), ou à la polyclinique Inkermann de Niort (Deux-Sèvres). Des crèches pourront accueillir les enfants du personnel, par exemple au centre hospitalier Esquirol à Limoges (Haute-Vienne). Enfin, beaucoup d'établissements devraient être correctement informatisés, avec des dossiers de patients numérisés faciles à consulter sur ordinateur.


Cela dit, tous les directeurs d'établissement n'ont pas obtenu le cadeau qu'ils avaient commandé, loin s'en faut. Certains ont essuyé des refus. D'autres ont été poliment conviés à revenir en deuxième semaine. C'est le cas, par exemple, à la clinique Saint Charles de Roussillon (Isère), candidate à  la reconstruction. Lors d'une récente séance de questions à l'assemblée nationale, Roselyne Bachelot a ainsi "invité les promoteurs [du projet] à déposer un nouveau dossier éligible à la seconde phase du plan Hôpital 2012, prévue pour 2009." Pour d'autres dirigeants, enfin, c'est ni oui ni non, comme aux hospices civils de Colmar (Haut-Rhin), où le projet de pôle mère-enfant reste en suspens. Au final, les dossiers retenus à ce jour n'engagent que 17 % du total des aides du programme.

Pourquoi cette annonce précipitée, alors que la première phase de sélection doit se terminer au mois de décembre et qu'il reste encore 500 dossiers à examiner? Il existe un premier élément de réponse objectif: les projets les plus avancés risquaient de prendre du retard sur le calendrier initial. Le nouvel hôpital de Carcassonne, par exemple, avait été adoubé dès 2007 par le précédent ministre de la Santé, Xavier Bertrand. Les routes d'accès au futur site et les ronds-points sont terminés. La construction des bâtiments dédiés à la logistique (cuisine, blanchisserie, stérilisation,...) a déjà commencé. Il est donc grand temps de lancer le chantier principal, pour que l'établissement puisse ouvrir, comme prévu, en 2012.

Reconvertir les petits établissements

Après la fermeture de tribunaux et de casernes, le tour des hôpitaux des petites villes est-il venu? La ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, répète sur tous les tons qu'il n'en est pas question. Faut-il la croire? Oui, selon Gérard Vincent, le délégué général de la Fédération hospitalière de France (FHF), qui regroupe la quasi totalité des établissements publics. "Aucun hôpital ne sera rayé de la carte, estime-t-il. Pour une bonne raison au moins: les besoins en hospitalisation des personnes âgées ne cessent d'augmenter." C'est en fait une gigantesque opération de reconversion de ces établissements qui s'engage à l'échelle nationale.

L'hôpital public doit, par principe, suivre l'évolution des besoins de la population. Or les citoyens exigent aujourd'hui le maximum de sécurité pour les opérations les plus lourdes, et seuls les établissements d'une certaine taille peuvent la garantir. "Nous avons identifié entre 100 et 122 services de chirurgie menacés à moyen terme si leur activité ne progresse pas", note Gérard Vincent. Même constat pour les petites maternités. Dans ces établissements de proximité, l'avenir passe désormais par la gériatrie et la rééducation des personnes ayant subi une opération importante. 

Bachelot devra faire preuve d'habileté

Seconde explication à la divulgation de ces informations très attendues : Roselyne Bachelot doit faire preuve d'habileté politique, au moment où les députés s'apprêtent à débattre de son projet de loi Hôpital, patients, santé et territoires. Le texte devrait en effet être discuté au parlement avant la fin de l'année. Les premières subventions du plan Hôpital 2012 devraient mettre les élus des circonscriptions concernées dans les meilleures dispositions. Leurs collègues dont les dossiers sont toujours à l'étude comprendront, eux,  que l'issue pourrait dépendre de leur attitude dans l'hémicycle.

Quels établissements peuvent prétendre à une aide pour moderniser leurs installations? Tous, publics ou privés, s'ils respectent des critères d'éligibilité plus stricts que ceux du plan précédent. Il ne suffit pas de vouloir agrandir un service ou rénover un bloc opératoire. Tout projet, affirmait déjà Xavier Bertrand en 2007, doit "s'accompagner d'un effort de maîtrise des coûts et s'articuler avec la montée en charge des réformes en cours", c'est à dire "la recomposition hospitalière au sein d'un même territoire". A cette condition seulement, l'établissement peut espérer obtenir une participation financière de l'Etat représentant, en moyenne,  50 % du montant de l'investissement.

Les petits hôpitaux prêts à se reconvertir dans les soins de proximité (voir encadré) ont donc raflé la mise. Sur les 93 projets validés, 20 portent sur des services de "soins de suite" et de réadaptation (SSR) ou de médecine physique et de réadaptation (MPR). Nombre d'établissements, pourtant, se refusent à changer de vocation. Faire une croix sur l'obstétrique est vécu douloureusement, car la maternité constitue l'activité symbolique par excellence. Il faut renoncer à naître "au pays". Quant à la chirurgie, elle reste considérée comme la discipline la plus noble de la médecine. Ouvrir le ventre, couper, refermer: ces gestes sont plus valorisés que de s'occuper d'une personne âgée incontinente. L'avenir, pourtant, est bien là. Dans son interview à L'Express, Roselyne Bachelot réaffirme sa volonté d'encourager, pour les petites villes, la filière des soins de suite.

Une autre priorité: les restructurations

La liste des opérations retenues dégage une autre priorité: les restructurations. Parmi les 18 établissements concernés, citons notamment les centres hospitaliers de Rouffach (Haut-Rhin), de Saint-Flour (Puy-de-Dôme), de Verneuil-sur-Avre (Eure), de Lillebonne (Seine-Maritime), le centre spécialisé en santé mentale de la Fondation Bon-Sauveur de Saint-Lô (Manche), le centre hospitalier intercommunal des Alpes-du-Sud de Gap et Briançon (Hautes-Alpes). Plusieurs opérations consistent à rapprocher deux établissements, l'un public et l'autre privé. A Cahors (Lot), par exemple, le centre hospitalier et la clinique du Quercy vont terminer de se répartir les activités pour devenir complémentaires.

Le plan Hôpital 2012 sera-t-il à la hauteur du précédent qui, dressant des grues un peu partout en France, a visiblement changé la face de  l'hôpital ? Les représentants des établissements veulent le croire. Mais, côté "public", le délégué général de la Fédération hospitalière de France, Gérard Vincent, s'inquiète de la situation financière délicate  de nombreux hôpitaux : "Beaucoup de projets ont dû être gelés car les établissements ont asséché leurs réserves financières et ne peuvent pas fournir la moitié du montant de l'investissement". De son côté,  le président de la Fédération de l'hospitalisation privée, Jean-Loup Durousset, craint que les cliniques "peinent à obtenir des emprunts" en raison de la crise financière mondiale. En cas d'extrême nécessité, Roselyne Bachelot n'exclut pas que la participation de l'Etat monte jusqu'à... 100%.


Par Estelle Saget, mi à jour le 15/10/2008 sur L'EXPRESS.FR

 

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