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L’art-thérapie, discipline des sciences humaines, est un processus thérapeutique qui, accédant à une problématique inconsciente de l'individu, permet d'opérer une transformation positive de l’être. Son principe repose sur l'expression créative d'une souffrance, d'un conflit que ce soit par la médiation du dessin, du chant, de la danse ou autre technique... L’objectif est que le mal-être devienne une production métaphorique d'un questionnement intérieur afin de favoriser la libération d'angoisses et autres frustrations. Mais attention, l’art n’a aucun pouvoir thérapeutique en lui-même, pas plus que la production n’a de prime abord de qualité artistique elle-même (sauf à poser le problème de celui des liens entre l’art et la psychopathologie et celui des liens entre art-thérapie et art). Ce qui importe est que le thérapeute sache exploiter de façon sanitaire et bénéfique le pouvoir expressif et les effets relationnels inhérents à l’activité artistique. Autrement dit, mettre en œuvre l’art-thérapie pour que celui-ci soit porteur de sens exige connaissances et savoir-faire. Nos formations qui préparent à l’exercice de l’art-thérapie comme fonction d’écoute et d’accompagnement regroupent des techniques aussi diverses que le chant, la musique, la sculpture, les masques, le théâtre, les marionnettes, la danse, l’expression primitive ou encore l'écriture, etc. Toutes ces techniques de relation d’aide visent, lors du processus créatif enclenché, un but commun : accéder à un souvenir oublié, une émotion refoulée, un ressenti enfoui. Aucune disposition ni talent artistique n’est requis. Lors de nos stages sont abordés les modèles de conception et d’utilisation de l’art en psychothérapie : par médiations artistiques privilégiant l’acte créateur en lui-même (modus operandi), ou par médiations artistiques basée sur le cognitivisme, voire avec médiations artistiques d’inspiration psychanalytique.
Les médiateurs que nous avons sélectionnés donnent, par exemple, à peindre pour prendre conscience de ses contradictions, à danser pour dédramatiser ses conflits intérieurs, à chanter pour enchanter ses peurs... De fait, là où il devient difficile, sinon impossible d’exprimer sa souffrance par des mots, l'art-thérapie se propose de la transformer en création de soi et source de vitalité.
L’acte créateur est alors considéré comme une opportunité pour la personne en art-thérapie de s’autonomiser en tant que producteur d’un objet au mieux d’un « sujet-je », ou d’une œuvre qui devient le gage de la reconnaissance de soi par soi-même et par les autres. En effet, l’art-thérapie ouvre un dialogue avec soi-même, mais aussi un dialogue avec l’art et avec le thérapeute. L’expérience créatrice est avant tout une expression de soi non verbale qui peut-être sensorielle, métaphorique ou symbolique. Ensuite, il accompagne l’expression de la personne sur sa production artistique, en traduisant avec elle ses ressentis et en explorant la signification de ses images, de ses symboles, de ses rêves... Le choix de la médiatisation est la résultante des compétences de l'art-thérapeute, des goûts éventuels déclarés ou non du patient, des qualités spécifiques attribuées à telle ou telle pratique artistique par les thérapeutes, de la pathologie du malade et des théories sous-jacentes à la technique psychothérapeutique utilisée. Proposant une expérience créatrice ou ludique, visuelle ou sonore, l'art-thérapie concrétise ainsi toujours une expression consciente et inconsciente et constitue souvent une expression de soi non verbale et symbolique.
L'art-thérapie est en pleine expansion depuis plus d’une décennie. Les ateliers, dans diverses institutions publiques et privées, se multiplient dans de nombreux pays. On trouve des art-thérapeutes dans les hôpitaux, dans les cliniques psychiatriques ou médicales, les CLSC, les centres gériatriques, les écoles ainsi que dans les résidences pour jeunes en difficultés, les organismes communautaires, etc. Parallèlement la demande des patients pour ces formes de psychothérapies avec médiations augmente considérablement en Europe. D’autant que l'art-thérapie s'adresse aux individus de tous âges, aux couples, aux familles et aux groupes et toutes les problématiques peuvent en bénéficier. La paternité de l'art thérapie est attribuée au peintre anglais Adrian Hill, qui en fit l'expérience en 1940. Tuberculeux et placé en sanatorium, il entreprit, durant sa convalescence, d'entamer une flânerie, sur papier qui, au grand étonnement des médecins, lui permit un rétablissement rapide. En 1950, les premiers programmes de formation en art-thérapie virent le jour aux Etats-unis. Aujourd'hui, de nombreuses méthodes de développement personnel utilisent l'art thérapie pour libérer l'imagination et exprimer son potentiel créatif, source de vitalité. Une première séance d'art-thérapie peut se dérouler selon le schéma suivant : une fois que le patient a évoqué son mal-être et ses attentes, l'art-thérapeute favorise la créativité en lui que ce soit devant une feuille blanche, par une proposition théâtrale, en dansant... Dès le processus enclenché, il l’encourage à poursuivre, sans jugement toujours, un mouvement, une forme qui, se répètant d'une production à l'autre, semble porteur de sens. C'est lorsque la personne lâche prise et quitte la représentation, la surface, le paraître que la thérapie avance. Un entretien verbal clôture la séance, pour accompagner une prise de conscience qui passe le plus souvent par une émotion. Ainsi, nos formations militent pour un art-thérapie qui soit plus encore une véritable discipline thérapeutique, originale et spécifique, complémentaire dans l'équipe de soins. Thierry LEFEBVRE |