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Face à la Crise, faut-il tout voir en noir ?

Savoir cultiver le bon côté des choses
Etre positif sans être naïf, constructif sans fausses illusions, est-ce possible ? Oui. L’optimisme lucide existe, il s’enracine dans la confiance en soi et le plaisir de vivre. Un état d’esprit qui change tout.


Qui, tel le Candide de Voltaire, peut penser que « tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possible » ? D’abord, il y a l’état du monde. Entre la planète qui se réchauffe dangereusement, les attentats devenus monnaie courante et l’intolérance qui se répand dès l’école – confirmés par les flashs d’information qui, toute la journée, agissent comme des perfusions de négativité –, il n’y a pas de quoi se réjouir. Dans la sphère intime, ça ne va pas mieux. Qui, dans son entourage, n’a pas un proche en lutte contre une maladie grave, le chômage ou la dépression ? Et quand bien même nous n’endurons pas nous-mêmes de telles calamités, notre condition humaine demeure injuste et imparfaite. Comme dit Woody Allen, « tant qu’il sera mortel, l’homme ne pourra pas être totalement décontracté ». Certes.

Alors comment rester positif ? Oser affirmer que le meilleur nous attend ? Il y a quelque chose d’obscène dans l’optimisme forcené des "sans-souci", des "vive-la-joie" et autres enthousiastes béats. Ce n’est donc pas de ceux-là dont ce dossier traitera.

Ni déni ni idéalisme
Penser que le monde est le meilleur qui soit, que l’avenir est forcément prometteur, c’est de l’angélisme. Prendre les choses du bon côté en négligeant leur aspect négatif, voilà une politique de l’autruche qui sonne faux. Nous connaissons tous des personnes qui répètent : « Ça va aller, oui, ça va aller », alors que tout dans leur attitude et leur vie crie le contraire, à la manière de Madame Butterfly dans l’opéra de Puccini. Cette geisha du début du siècle dernier, abandonnée et trahie par le militaire américain qui l’avait rapidement épousée, s’enfuyant ensuite vers une soi-disant mission, garde son rêve de voir revenir son bel officier. « Il reviendra. C’est sûr, il reviendra », répète-t-elle, refusant de voir l’abîme qui s’est ouvert devant elle. Les psychanalystes ont un mot pour un tel aveuglement : le déni. L’optimisme n’est alors qu’une manière détournée de refuser de voir une réalité qui serait insupportable.

L’idéalisme est une autre tendance fâcheuse à négliger le réel. En faisant la plus grande place à l’idéal et au sentiment, il entraîne paradoxalement vers de grandes déceptions. Croire en une vérité unique pour tous, penser que le progrès matériel est toujours bénéfique ou que notre salut dépend d’un seul être nous plonge dans bien des guerres et des impasses écologiques ou relationnelles. Là encore, l’absence de nuance a un prix. Non, ce n’est pas non plus de cet optimisme-là dont nous parlerons.

Faire grandir le bon
Un état d’esprit intelligemment positif peut-il exister ? C’est en tout cas ce que nous vous proposons d’expérimenter. Il est fait de réalisme et d’espoir affirmé. C’est un optimisme « inquiet », à la fois dynamique envers les projets qu’il porte et lucide sur les obstacles à franchir. Il ne consiste pas à se « gonfler le moral » ou à se « rebooster les neurones », mais se nourrit du sentiment de bien-être procuré par des pensées « aidantes ». Rien à voir avec de la gymnastique mentale, cependant. « Là où l’optimisme aveugle affirme : “Il n’y a aucun problème, tout va parfaitement bien”, l’optimisme intelligent dit : “Il y a des problèmes, mais je vais m’y adapter” », précise le psychiatre Christophe André. Il ne se nourrit pas de faux espoirs et, contrairement à l’idéalisme et au déni, a l’immense avantage de ne pas générer de déception.

« Ceux qui imaginent que les choses finissent toujours par s’arranger se sentent stupides quand elles tournent au vinaigre, explique le psychothérapeute Alan Loy McGinnis (in Le Pouvoir de l’optimisme, J’ai lu, 1999). En conséquence, ils sombrent souvent dans la désillusion et le cynisme. Les vrais optimistes, eux, ont conscience de vivre dans un monde imparfait où les amours peuvent se faner, les innocents, être châtiés, et les malades, mourir. »

Qu’est-ce qui fonde alors cet optimisme-là ? Il ne tient pas aux circonstances extérieures, à l’état du monde ou à la façon dont les situations se nouent dans nos vies, mais il s’enracine dans notre capacité à percevoir le bon, dans la confiance en soi et le plaisir de vivre. C’est le regard résolument positif d’Etty Hillesum, jeune femme juive déportée en 1943, qui note dans son journal intime ("Une vie bouleversée", Points Seuil, 1995), un soir de printemps : « Nous sommes passés devant des seringas, des petites roses et des sentinelles allemandes. »

C’est aussi l’espérance travaillée comme une vertu par Jean-François Deniau, homme politique, romancier et académicien, qui a survécu à trois cancers, deux maladies cardio-vasculaires, deux infarctus et quatorze anesthésies générales, parce qu’il reste tourné corps et âme vers un seul objectif : continuer à prendre la pleine mer et à barrer son trois-mâts, le Belém. C’est peut-être aussi un autre nom donné à la résilience, cette capacité à triompher de traumatismes passés, que le psychiatre Boris Cyrulnik a fait connaître au grand public (ouvrages de Boris Cyrulnik sur le sujet : "Les Vilains Petits Canards", "Un merveilleux malheur", "Le Murmure des fantômes" et "Parler d’amour au bord du gouffre", Odile Jacob, 2001, 2002, 2002, 2004).

Savoir s’adapter
Depuis quelques décennies, cet état d’esprit, prôné et étudié par la psychologie positive et enseigné par les techniques de développement personnel, se répand. Dans sa dernière étude ("Prospectives de vie, 2005-2008") sur les styles de vie des Français, le Centre de communication avancée (CCA) constate que de nouvelles postures d’adaptation naissent chez un grand nombre de nos contemporains : « La solution est de partir à la découverte de son bonheur personnel pour survivre dans un monde inquiétant […]. Pour cela, il faut butiner un peu partout […], librement, des bribes de valeurs avec lesquelles on se sent en résonance. »

Butiner. Le terme invite chacun à détecter ses sources de satisfaction, afin de les faire grandir pour se construire la vie qui lui va. Résolument actif, cet optimisme lucide se nourrit de l’idée simple qu’il y a une solution, même imparfaite, à tout problème. Et que le plaisir de la chercher est déjà une satisfaction en soi. Vous venez de perdre votre emploi ? Peut-être y a-t-il pour vous une nouvelle orientation à mettre en place. Vous avez rompu avec votre compagnon ? Peut-être quelqu’un qui vous correspond mieux va-t-il croiser votre chemin. C’est ce regard-là, à la fois réaliste et prometteur, que nous vous proposons de choisir.

Pascale Senk

 

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