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On entend de plus en plus parler du Bonheur National Brut, un concept duquel émanent toutes sortes d’initiatives tentant de mesurer le progrès d’une nation d’une manière plus holistique et prenant en compte des valeurs autres que celles strictement économiques. Mais de quoi s’agit-il au juste ? Et si on vous disait que le Gouvernement de votre pays souhaite, au moyen de différentes statistiques sociales, environnementales et économiques, mesurer votre bonheur, ça vous ferait quoi ? Et l’additionner à celui de votre voisin et de votre grand-tante, le comparer à celui d’un Américain ou d’un Cubain ? “Mais sur quoi seraient basées ces statistiques ?”, demanderez-vous. Et bien sur toutes sortes de données subjectives et difficilement mesurables. La tâche semble presque impossible. Et pourtant …
Le PIB, un indicateur qui n’est pas synonyme de bien-être Dans nos sociétés “développées”, où l’argent et la consommation sont rois, le progrès et le bien-être d’un pays sont généralement mesurés grâce à des indicateurs essentiellement économiques tels que le produit intérieur brut (PIB). Le hic, c’est que ces indicateurs ne tiennent compte que de l’aspect principalement productif et lucratif d’une activité. Explication : selon un effet pervers, appelé effet Kobe, une catastrophe naturelle est positive pour l’économie de par les travaux de reconstruction et de réfection qu’elle entraîne. Paradoxalement, le fait que cette catastrophe ait entraîné la mort, le dénuement et le malheur de milliers d’êtres humains n’entre pas en ligne de compte. Il n’y a donc aucune considération qualitative quant à l’orientation positive ou négative de ce qui est produit. De plus, malgré la croissance continue du PIB dans les pays industrialisés au cours des dernières décennies, les gens ne sont pas forcément plus heureux.
Des indicateurs alternatifs pour des exigences nouvelles Depuis le début des années 90, des centres de recherche internationaux, des associations, des organisations internationales et des ONG, ont mis au point des indicateurs qui tentent principalement de prendre en compte deux types d’exigences : des exigences sociales et des exigences environnementales. Ils mesureraient par exemple des facteurs tels que la protection des ressources naturelles, le temps consacré à la famille, l’accès aux soins, le bénévolat, etc. Parmi ces indicateurs alternatifs, citons, entre autres : l’Indice de Développement Humain des Nations Unies, qui est tout simplement la moyenne de trois indicateurs – le PIB par habitant, l’espérance de vie à la naissance et le niveau d’instruction. Mentionnons également les indicateurs européens d’inclusion sociale ou indicateurs de Laeken, qui sont des indicateurs en matière de pauvreté et d’exclusion sociale. Ou encore l’empreinte écologique, qui mesure l’espace dont un individu ou une population a besoin pour soutenir son mode de consommation ou son style de vie.
Quand les économistes s’intéressent au bonheur D’éminents économistes focalisent également leurs recherches sur l’étude du bonheur, cette “nouvelle science”. En 2005, Richard Layard , économiste et professeur à la London School of Economics, a publié un ouvrage qui s’intitule « Bonheur : les leçons d’une nouvelle science ». Dans ce livre, il redéfinit le bonheur et émet des recommandations aux hommes politiques. En outre, Alan Krueger et Daniel Kahneman, tous deux professeurs à l’université américaine de Princeton, co-lauréats du prix Nobel d’économie 2002 - excusez du peu - veulent lancer en 2006 un indice pour mesurer le bonheur parallèlement au calcul du PIB par habitant. Et actuellement, ils travaillent sur une enquête nationale visant à “donner une image plus précise du bien-être de la population que celle délivrée par les questionnaires standards existants”.
La sagesse bouddhiste comme inspiration C’est en 1972 que le terme de Bonheur national brut (BNB) est utilisé pour la première fois, au Bhoutan, petit pays d’Asie situé entre l’Inde et la Chine. Le souverain éclairé de cette nation bouddhiste avait décidé que la priorité pour son pays serait la quête de ce Bonheur national brut. Tout un programme ! Selon le premier ministre bhoutanais, les quatre piliers du BNB sont : le développement socio-économique équitable et durable ; la préservation et la promotion des valeurs culturelles bhoutanaises ; la défense de la nature ; et la bonne gouvernance. Depuis, l’idée a fait son chemin et deux conférences internationales ont été organisées sur le sujet. L’une au Bhoutan et l’autre au Canada, respectivement en février 2004 et en juin 2005. Toutes deux ont attiré de nombreux représentants venus de plusieurs pays et ont contribué à la mise au point d’indicateurs alternatifs.
A quand la prochaine réunion du G8 ou de l’OMC au Bouthan ?
Sources : • article du Webzine de l'éducation vers un développement durable ; • article du Centre de recherche pour le développement international (site canadien) ; • Indice de progrès véritable - Atlantique (site canadien en anglais) ; • Institut pour un développement durable (site belge) ; • « Et si on créait du Bonheur national brut ? », par Jean-Paul Marthoz, in Enjeux internationaux, N°9, troisième trimestre 2005 ; • « Vers le Bonheur national brut », par Thierry Thouvenot et Aurélien Boutaud, in L’Ecologiste, N° 13, vol. 5 N° 2, juil.-août-sept. 2004. |