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ZEN : l'héritage

" Il est Zen ! " ; " Il convient de rester Zen ! " ; " Il a eu beau faire, je suis demeurée Zen ! " ; " C’est super Zen ! "... sont presque devenues des expressions courantes dans un certain milieu qualifié de chébran, pardon de cablé, par un illustre président de la République.


Cela représente à la fois une sorte d’impassibilité bienveillante, de patience compatissante, de fatalisme souriant, de détachement sympathique évoquant quelque peu le New-age californien et son fâmeux " lâcher-prise " mâtiné de profonde sagesse orientale telle que le démontrait David Carradine, alias " petit scarabée ", dans le feuilleton " Kung-Fu ". Jadis, à la campagne on aurait, plus pragmatiquement, proposé de " laisser pisser le mérinos ". Etre Zen, dans cette conception populaire mais certainement justifiée, c’est déjà agir sans ne rien faire de plus que ce qui est nécessaire... c’est " agir centré ", " être-soi " donc, étymologiquement, " méditer ".


C’est une attitude, presque une philosophie sinon déjà une religion. On est Zen comme on est Rock ou Jazz... ou on ne l’est pas (Mu !). Il est, par contre, possible de tenter de le devenir au travers de nombreux moyens qui sont autant de points d’appui amenant, peu à peu, à une éventuelle illumination... ou du moins à la recherche de celle-ci ce qui n’est pas tout à fait la même chose. Mais, comme l’affirment certains Maîtres et non des moindres " le chemin vers le but importe souvent plus que le but lui-même " ce que d’autres ont pu traduire par " Le meilleur moment de l’amour c’est monter l’escalier ".
" Qu’est-ce que la Voie...  ? C’est suivre la Voie ! ".
Ce qui se résume au Koan le plus court : ... ?...  !


Ces divers moyens résident, tout d’abord dans la méditation. Le Zen, c’est Zazen.


A partir de là il est possible d’agrémenter cette méditation par un rituel puis de situer ce rituel dans un espace sacré. Dans cette hypothèse il convient alors d’adapter cet espace, de le consacrer. Une fois consacré, il doit être reconnu. Rituel, consécration et reconnaissance se manifestent donc dans des activités aussi dissemblables et complémentaires que les diverses marches et cérémonies initiatiques permettant de délimiter une enceinte.


Plusieurs écoles pratiquent ainsi la marche rituelle Kin Hin ainsi que diverses activités de travail manuel (Samu) dont certaines consistent simplement au nettoyage du lieu de méditation. La consécration passait, jadis, par un combat ou une lutte symbolique contre les puissances des ténèbres puis par une purification de l’enceinte sacrée.


Les moyens connus et réputés résidaient principalement dans le tir à l’arc où il convenait de décocher plusieurs flèches considérées comme purificatrices ou magiques. Il est donc tout à fait normal et conforme à cette ancienne tradition que le tir à l’arc soit encore considéré comme faisant partie intégrante de la pratique du Chan ou du Zen. Il suffit de lire l’excellent et unique ouvrage de Eugen Herrigel sur " Le Zen dans l’art chevaleresque du tir à l’arc " pour s’en persuader. Comme le précise immédiatement l’auteur " Etablir un parallèle entre le tir à l’arc et le Zen (quelque image que l’on se fasse) doit paraître de prime abord une intolérable dépréciation de ce dernier ". En est-il réellement ainsi ? Mais Herrigel va plus loin encore en terminant son ouvrage par un chapitre sur l’Art du sabre. Ce faisant il pose, en quelque sorte, la terrible question " Un boucher peut-il être Zen ? ". Pourquoi ne le serait-il pas ?


Ce qu’admettent les Taoïstes serait-il réfuté par les Bouddhistes Zen ?
L’autre moyen de purification connu de tous temps réside dans la lutte rituelle. Or, nulle part ailleurs qu’au monastère de Shaolin, berceau initial du Chan, ne fut mieux développé l’art de combat à main nue. Les moines de ce monastère ayant eu de la main même de l’empereur de chine l’autorisation de posséder et d’utiliser des armes, comme celle, par ailleurs, de consommer de la viande, cette lutte à main nue ne possède, en réalité, aucune autre justification logique que celle du rituel sacré. Ce principe de rituel sacré accessible au monde profane se retrouve au Japon dans le Sumo. Cette appartenance à l’obédience Bouddhiste des formes martiales issues de Shaolin, donc attachées qu’on le veuille ou non au Chan, demeure explicite puisqu’on les qualifie, en Chine, d’Externe (Wai Jia) par opposition aux formes issues de la tradition Taoïstes qualifiées d’Internes (Nei Jia).


Ces pratiques de purification s’accompagnent nécessairement de l’utilisation d’instruments particuliers, qualifiés à tort d’instruments de culte. Concernant le Zen, ainsi que d’autres traditions bouddhistes, il existe plusieurs moyens de produire des sons spécifiques liées à des cloches de bronze (Bonsho), des bols et des clochettes, des plaques de métal et de bois, des Congs et tambours, des claquettes et même un poisson de bois (Mokugyo) à la forme et au son très particuliers permettant de rythmer certains Sûtras. Si on ajoute à cela quelques fumigations d’encens ainsi que plusieurs objets spécifiques aux officiants comme le Kolomo, robe noire à grande manches, le Kesa ou vêtement rectangulaire qui se porte sur l’épaule gauche, le Kotsu ou sceptre d’enseignement, le Kyôsaku ou bâton d’encouragement qui sert à frapper les épaules des méditants, les coussins ronds zafu et carrés zafuton... il existe déjà tout un artisanat Zen disponible en boutique et du meilleur effet dans un intérieur japonais.


La reconnaissance, enfin, permet d’établir une cohésion spécifique au Zen ou à chacune des écoles chinoises, japonaises, coréennes, vietnamiennes... européennes et américaines. Elle se manifeste dans l’expression particulière d’une forme d’art global prenant en compte l’arrangement floral (Ikebana), la cérémonie du thé (Chado ou Cha No Yu), l’architecture et l’arrangement des jardins de sable et de rocaille (Jodo) ou jardins de contemplation, la peinture et la calligraphie spécifiques au Zen ainsi que la poésie du Haïku... forme profane et littéraire du Koan. Il s’agit, exclusivement, de poèmes utilisant dix sept syllabes... cinq, sept et cinq et permettant de fixer l’instant dans un éclair spirituel.


Par essence, malheureusement, ces formes poétiques demeurent très difficiles à traduire et plus encore à adapter... faute de mieux il convient de se contenter d’une approximation littéraire. " Un vieil étang. Une grenouille. Quel vacarme ! ".
" Plancher poli. Absence du Maître. Espace ". " Loquet ouvert. Amant. Rais de lumière à minuit "... il en existe quelques milliers. 
 

par Georges Charles
http://www.tao-yin.com/philosophie/bouddhisme_zen.html

 

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