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Si on demande à un adepte, et à plus forte raison à un Maître, du Zen ce qu’est le Zen... il répondra probablement et invariablement " C’est Zazen ! ". Si cette réponse ne vous illumine pas immédiatement c’est simplement parce que vous ne pratiquez pas Zazen.
Or Zazen c’est s’asseoir en silence. Za, en japonais, Zhou en chinois signifie simplement siège, par extension s’asseoir sans bouger. Ce même caractère sanscrit utilisé dans le Dhyana d’origine, Antara est très proche de Asana (siège, posture) utilisé en Hatha Yoga... Zen, Chan ou Dhyana signifie littéralement " centré ", " au milieu de " et, par extension, " agir centré " ou " méditer ".
" Faire Zazen " c’est donc s’asseoir en silence et agir centré. Zazen c’est la méditation silencieuse.
Cette proposition date du sixième siècle de notre ère lorsque Bodhidharma, fils du Roi Sughanda et descendant en lignée directe du Bouddha, considéré comme le vingt-huitième patriarche indien et premier patriarche chinois, réalisa l’illumination après avoir médité neuf années face à un mur du fameux et réputé monastère de Shaolin.
Bodhidharma, en sanscrit (Po Ti Ta Mo en chinois, Daruma en japonais) signifie littéralement " Celui qui porte " (Dharma) " l’Eveil " (Bodhi). .. ce qu’on a pu parfois pu traduire par " l’Illuminé ". Ce " Porteur d’Eveil " ou cet " Illuminé " fut donc à l’origine profonde du Chan bien qu’il soit souvent considéré que ce soit à Houeï-Nêng (Hui Neng) (638-713) que revient cet honneur. Entre Boddhidharma, représenté par Shenxiu, et Houeï-Neng il existe déjà une distinction entre une tendance qui met l’accent sur la progression des étapes et des moyens utilisés pour obtenir l’éveil et celle qui insiste sur le caractère subit de cet éveil (Satori) conçu comme une illumination. Le premier affirme donc " Le corps est l’arbre de l’éveil. L’esprit comme un miroir clair. Sans cesse il convient de l’essuyer afin qu’il soit sans poussière ". Ce à quoi le second répond " Point d’arbre dans l’éveil, ni de miroir dans l’esprit. Lorsque le Bouddha est pureté où pourrait-il y avoir de la poussière ? ".
Par la suite, sous les Song, le Chan se sépara donc en Cinq Maisons (Wu Tang) connues au Japon comme le Rinzai (Lin Chi), le Sôtô, le Igyô, le Ummon et le Hôgen. Ce fut à cette époque, à la fin du huitième siècle, que le Chan s’implanta en Corée sous le nom de Sôn et commença à se faire connaître au Japon. Pour ce dernier il faudra attendre Eihei Dôgen (1200-1253) pour que l’école Sôtô y soit représentée peu de temps avant l’école Rinzai.
Ces deux écoles demeurent, encore de nos jours, les deux principales tendances traditionnelles du Zen japonais. A leur coté, bien que de moindre importance, il existe encore l’école Obaku, l’école Sambô Kyôdan (société des Trois trésors) synthèse entre le Sôtô et le Rinzai... et diverses écoles du Chan chinois, du Sôn coréen, du Thiên vietnamien... sans compter d’autres tendances de synthèse comme la White Plum Sangha créée aux USA par Taizan Maezumi. Malgré ces différences c’est pourtant la méditation assise en silence (Zazen, Zhou Chan... ) qui sert de dénominateur commun sinon de trait d’union. Cette assise (Za) peut, techniquement, prendre plusieurs aspects... celui du lotus (Padmasana) issu de la pratique du Dhyana ; du demi-lotus ou posture parfaite (Shiddasana) issue du Chan chinois ; du Seiza (littéralement " assise droite " en japonais) agenouillé dit birman ou Vajrasana (posture du diamant) plus caractéristique des pratiques japonaises. Cette assise est généralement facilitée, notamment dans l’école Sôtô, par l’usage d’un coussin de méditation de forme ronde (Zafu) sur lequel reposent les fesses tandis que les genoux, en contact avec le sol, reposent soit sur le tatami (natte de paille tressée) soit sur un coussin de forme carrée (Zafuton) ou, à défaut, une couverture pliée.
A ce sujet, un Maître Indien du Astanga Yoga (Yoga des Huit Piliers) d’où est originellement issu le Dhyana, devenu le Chan puis le Zen, n’acceptait comme élèves, et à plus forte raison comme disciples (Sisya), que ceux qui étaient capable de reproduire parfaitement et sans hésitation le pliage particulier de cette couverture. A ceux qui prétendaient être venus étudier le yoga et non plier des couvertures il rétorquait le plus simplement du monde " Si vous n’êtes pas capable d’apprendre à pratiquer un simple pliage de couverture comment pourriez-vous apprendre à votre corps à se plier à la pratique ? ".
Quelle que soit la posture, donc l’assise (Za), il convient avant tout comme le précisait Patanjali, fondateur de l’Astanga Yoga... donc du Dhyana... , que celle-ci soit simplement " Shtirasukham " (Shikantaza en japonais) c’est à dire équilibrée et plaisante... donc juste. Le dos est droit, le menton légèrement rentré, la bouche fermée pointe de la langue touchant le palais supérieur, les yeux mi-clos, la respiration profonde et fluide est issue du ventre (Tanden ou Hara). La position des mains peut varier suivant les écoles. L’école Sôtô préconise, par exemple que la main gauche repose dans la main droite, les pouces joints ne formant " ni vallée, ni montagne ".
Plusieurs écoles chinoises de Chan ainsi que l’école coréenne Taego préconisent, au contraire, que la main droite repose dans la main gauche, comme pour un simple salut, que les deux pouces et les doigts de la main droite relevés forment le sceau du bouton de lotus...
De même, certaines écoles préconisent de se concentrer sur la respiration profonde, d’autres sur les Koan (sentences). .. ou sur la " non-concentration " (Shikantaza) du " juste s’asseoir ". En un mot comme en cent mille " le Zen c’est Zazen ! ".
par Georges Charles http://www.tao-yin.com/philosophie/bouddhisme_zen.html |