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Que pensent de la vie : Freud et Jung ?

Sigmund est plutôt pessimiste et Carl-Gustave plutôt optimiste...

Freud, pessimiste ?


“Il existe une opposition fondamentale entre les exigences de la vie en société et nos aspirations personnelles au bonheur », nous dit Sigmund Freud, devenu un vieux monsieur, dans Malaise dans la civilisation (PUF, 1930).

En résumé : l’existence est forcément frustrante. Au premier abord, la pensée freudienne n’incite pas à l’optimisme. Selon le père de la psychanalyse, nous sommes menacés de tout côté : la nature est hostile, nos semblables ne pensent qu’à nous écraser, notre corps est sujet aux maladies et notre psychisme est travaillé par des pulsions perturbantes – en particulier celle de mort qui nous pousse au meurtre et à l’autodestruction.

En grande partie inconscient, « notre Moi n’est pas le maître dans sa propre maison ». Et, sans substances capables de nous emmener vers les paradis artificiels, l’existence n’est pas supportable. Pourtant, la psychanalyse freudienne nous dit que nous pouvons nous réapproprier les forces impétueuses qui nous habitent et cesser d’en être victimes : « Là où était le Ça, les pulsions, le Je doit advenir. » Elle nous invite à nous responsabiliser, à transformer nos destinées. Et, en cela, n’est-elle pas dynamisante ?

 

 


 

Jung, optimiste ?


La pensée de Carl Gustav Jung (1), qui fut un temps disciple de Freud puis s’en sépara en raison de désaccords théoriques, apparaît d’emblée plus optimiste. Pour lui, la vie, loin d’être un champ de bataille, consiste en une suite de métamorphoses dont le but est la réalisation harmonieuse de soi. C’est un processus de maturation – l’individuation – au terme duquel nous sommes pacifiés. Nos relations avec les autres sont améliorées et nous n’appréhendons plus la mort, car nous avons compris que l’âme n’a rien à craindre d’elle et qu’elle peut être « une fête joyeuse ».

Pour Jung, il est envisageable d’espérer un monde sans conflit ni guerre des sexes : « La névrose n’est que la souffrance d’une âme qui cherche son sens. » Surtout, l’inconscient jungien est pur de toute pulsion de mort. Il est lumineux, hautement créatif. Il nous rattache au passé le plus archaïque de l’humanité, aux grands mythes collectifs.

La lecture de Jung permet de se sentir relié aux autres hommes et au cosmos. Jung traversa à plusieurs reprises des épisodes dépressifs, des crises d’angoisse. Peut-être est-ce justement le désir d’en guérir qui lui permit d’inventer une approche thérapeutique aussi optimiste.

1- Pour une première lecture : Ma vie. Souvenirs, rêves et pensées (Folio Gallimard, 1991).

Texde d'Isabelle Taubes

 
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