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Se connaître soi-même

L'heure est à la Philo avec le BAC... Un des sujets posait la question suivante : "Est-il plus facile de connaître autrui que soi-même"...

Voici une réponse possible.

Se connaître soi-même. C'est là sans doute le programme essentiel de la philosophie depuis SOCRATE.

Le sage est celui qui, au terme de ses apprentissages, retourne sur lui-même son désir de savoir.

Et l'autre, dit "l'ami" importe dans la connaissance de soi, l'ami et l'amitié étant au coeur du propos d'ARISTOTE. (L'ami ne doit pas s'entendre dans le sens banalisé que peut avoir en français le mot "copain").
 

Le problème se dégage de ce qu'ARISTOTE dit du philosophe. Le philosophe est celui qui se connaît lui-même. C'est aussi celui qui "se suffit à soi-même".

Dès lors, y a-t-il une place pour l'autre dans le projet de vie du philosophe ? La sagesse demande-t-elle de vivre seul ?

ARISTOTE part de l'impératif socratique de se connaître soi-même. Voilà la tâche philosophique par excellence, si l'on en croit SOCRATE.

La philosophie est un savoir sur l'homme, et pas seulement sur les choses. Le savoir philosophique se distingue donc par sa forme réflexive : étant un savoir sur l'homme, c'est forcément un savoir sur soi.

ARISTOTE dit simplement de ce savoir à la fois qu'il est source de plaisir, et aussi qu'il est très difficile. Le plaisir s'augmente en effet de la difficulté vaincue.

Mais ce qui intéresse ARISTOTE est la manière de se connaître. Il attire notre attention sur les limites de l'introspection : "Nous ne pouvons pas nous contempler nous-mêmes à partir de nous-mêmes" ; contempler veut dire ici connaître.

La connaissance de soi suppose un autre : seul, on ne saurait même l'entreprendre valablement.

ARISTOTE avance un argument, une "preuve". Selon lui, nous nous aveuglons sur nous-mêmes et il nous arrive de reprocher, chez d'autres, erreurs et travers qui sont les nôtres et que nous ne semblons pas voir.

L'aveuglement sur soi-même tient à une excessive indulgence à notre égard ainsi qu'à la passion qui désigne ici le premier mouvement de l'esprit non encore corrigé par la raison lucide.

Il en conclut - "par conséquent" - que ce n'est pas en tournant vers soi son regard, mais vers notre ami, que nous avons une chance de nous connaître.

Au passage, il utilise une analogie : l'ami est à la connaissance de soi ce que le miroir est à la vue ou à l'image de soi.

L'analogie ne se comprend que si l'ami en question n'est pas absolument un autre, mais un autre moi-même.

ARISTOTE tire enfin les conclusions générales de sa réflexion. Le plaisir de la connaissance de soi a pour condition la présence d'un ami.

Bien plus, quand bien même un homme aurait atteint cet état d'autarcie dans lequel il se suffit à lui-même et qui caractérise l'état de la sagesse, il aurait encore besoin d'amitié pour satisfaire l'autre condition de la sagesse, non moins nécessaire : la connaissance de soi.

La pensée antique - on le voit par ce texte - accorde une place importante à l'existence de l'autre dans l'existence humaine.

L'intérêt du texte d'ARISTOTE, et non le moindre, est de nous dire ceci : nous sommes obscurs à nous-mêmes, nous ne nous voyons et connaissons qu'en l'autre, chez qui existent, visibles et évidents, les traits communs de la condition humaine.

D'une certaine manière, on trouve donc trace dans la pensée antique d'un trait saillant de la pensée moderne, à savoir que le rapport à autrui est constitutif de sa propre position et identification dans l'existence.

On pense à ce que disait SARTRE : "autrui est le nécessaire médiateur de moi-même à moi-même".

Mais la comparaison s'arrête là : autant la pensée moderne d'autrui mène vite à la béance de l'identité et à la mise en évidence d'un clivage, d'une scission au coeur de chacun - on pense au fameux "je est un autre" de RIMBAUD ;

Autant la pensée antique de l'autre à travers la réflexion sur l'amitié, s'ouvre sur la perspective du double : l'ami est l'alter ego, l'autre moi-même comparable à mon image ou mon reflet.

On peut dans ces conditions se demander si la pensée antique de l'amitié n'est pas l'indice d'une difficulté : celle de penser l'altérité d'autrui, condition même de la connaissance de l'étranger.

Ou encore : celle de penser autrui plus largement et plus radicalement que dans les limites d'un "entre semblables".

Mon double m'aide à me connaître. Mais qui est au fond autrui ? Et qu'attendre de lui? Est-ce le simple moyen d'une connaissance de soi ? Le problème le plus urgent que pose l'existence de l'autre n'est-il pas plutôt celui de sa reconnaissance en tant qu'autre ?

L'amitié, pourrait-on objecter à ARISTOTE doit subir l'épreuve de la différence, de sorte que le véritable enjeu serait alors : comment faire de l'étranger un ami ?
 

 

 

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