|
Le dernier long-métrage d'Arnaud Desplechin ou l'art de dire les choses à ses proches. Techniques de communication : P.N.L., ou encore Communication Non Violence, sans parler de l'Analyse Transactionnelle ou de l'Intelligence Emotionnelle, voire de la Psycho-généalogie. Cf. : http://adequation.mayor-formation.com/mediateurs-de-communication.html
Bienvenue dans un conte empoisonné où chacun en prend pour son grade. Chaque personnage semble tout droit sorti d'un monde onirique du fait de l'étrangeté de leurs sentiments vis à vis de chacun d'eux. La mère renie son fils, un fils renie sa mère, les mots doux sont des coups de poignards, les souvenirs sont l'avenir et les fêtes ressemblent à des veillées funèbres. Desplechin signe un film à tiroirs dans les intrigues et dans les sentiments tout à fait remarquable notamment par la qualité de la distribution. Arnaud Desplechin donne un coup de pied dans la bienséance au prétexte d'un greffon entre gens qui affirment ne pas s'aimer. La situation semble une descente aux enfers. Mais le regard a le recul nécessaire pour offrir des scènes très toniques sur la fatalité des liens du sang, cette impossibilité de se soustraire à la parenté, et en avant les coups de gueule ! Quel courage !
Ainsi, malgré son titre Un Conte de Noël raconte une histoire très grave et sombre, le film est teintée par instants d'une ironie qui fait mouche au milieu de situations par moments illuminées par une cruauté qui met mal à l'aise , et c'est justement l'une des qualités de ce film , un traitement en décalage avec la situation exposée rend le tout à mi chemin entre la drôlerie et la gravité (par exemple la scène de discussion entre la Mère-Catherine Deneuve- et le Fils-Mathieu Amalric) aussi on note la présence d'un certain burlesque au milieu de situations graves (par exemple : la chute de Mathieu Amalric). Le traitement du film en soi assez particulier et visiblement singulier de son auteur est accompagné d'une réalisation subtile , cohérente et remarquable finalement très romanesque ce qui s'adapte avec une virtuosité phénoménale au propos, si le scénario regorge de personnages et d'histoires complexes, Desplechin déploie une narration très fluide qui permet de suivre son film avec un intérêt et une passion croissantes et on est vite intrigué et passionné par toutes les histoires relationnels misent en scène que l'on aimerait pouvoir s'expliquer à défaut de comprendre et c'est à ce moment la que le film prend véritablement son envol. La complexité des questions misent en jeu dans l'histoire pousse à des réflexions vite passionnantes et regorgeant de possibilités d'interprétations et témoignant d'une richesse scénaristique inouïe. Bref une œuvre magnifique et mémorable qui bouleverse profondément et nécessite clairement qu'on y réfléchisse pour tenter d'en capter l'ampleur au maximum.
Acteurs tous à leur point culminant, Anne Consigny à gifler, Mathieu Amalric toujours aussi craquant dans sa transgression, Deneuve et Roussillon font corps avec la demeure où tout converge, le neveu Paul comme engourdi, les deux petits garçons au contraire pleins de fraîcheur... Pour ceux qui ont des parcours cabossés et en sont au stade de pouvoir regarder en arrière avec sérénité. Pour ceux qui ont failli y rester. Et encore et surtout pour les soignants. C'est un grand film plein de santé !
"-Tu ne m’aimes toujours pas ?: -Je ne t’ai jamais aimé . -Moi non plus". Voilà, ils sont francs, libérés des conventions, complètement dénudés des apparences qu’on essaye toujours de porter. Ici les personnages s’aiment et se détestent sans complexes, mais c’est peut être finalement cela qui créé un lien fort entre eux, cette capacité à éviter les silences et les sourires hypocrites qu’on subi souvent en famille. Ici pas de perte de temps, pas de gène pas de malaise, on peut dire à son fils qu’on ne l’aime pas, appeler son neveu « le fou » ou dire qu’il est « complètement stupide » : Henri se sait haï par sa sœur, mais ne se cache pas, il vient et prend toute la place. Ivre, il met en évidence les difficultés relationnelles que rencontre sa sœur, jusqu’à se prendre un coup de poing par son beau-frère. Mais là encore, pas de gène, le beau-frère souri, satisfait et s’en va. Quant à la copine d’Henri, elle s’amuse même du spectacle de son amant le visage ensanglanté. La haine et l’amour se mêlent et déclenchent les mêmes sourires complices entre les personnages. On dirait une grande mise en scène : Junon évoque sa maladie avec un sourire presque confiant, tandis que son mari et son gendre tentent d’établir ses chances de survie, c’est un ballet d’illusions que met en scène Arnaud Desplechin avec aisance. On ne sait plus ou s’arrête le conte et ou commence la réalité, on se laisse guider par ces acteurs, sans se soucier de la crédibilité de leurs histoires. Puisque après tout, la vie n’est elle pas parfois aussi incroyable que le conte ? Le film soulève beaucoup de questions et ne donne finalement que peu de réponses, (ce qui pourrait irriter certaines personnes amateurs de concret), le réalisateur préfère laisser le spectateur libre d’y réfléchir à loisir.
Ainsi Un Conte de Noêl est un film qu’il faut avoir la patience de regarder, car certains y trouveront des longueurs, et un film peut être déconseillé aux amateurs d’actions et de rebondissements spectaculaires. |